Aromatogramme : Test de Sensibilité aux Huiles Essentielles
L'aromatogramme est un test de laboratoire qui évalue la sensibilité d'un germe pathogène à différentes huiles essentielles, selon une méthodologie directement inspirée de l'antibiogramme. Il permet une prescription aromatique personnalisée et ciblée, particulièrement précieuse dans les infections récidivantes.
Présentation
L'aromatogramme est une technique de laboratoire microbiologique qui évalue in vitro l'activité antimicrobienne des huiles essentielles sur un germe pathogène isolé chez un patient. Son principe est directement transposé de l'antibiogramme, outil diagnostique fondamental de la bactériologie médicale, qui teste la sensibilité d'une bactérie aux antibiotiques. L'aromatogramme remplace simplement les disques d'antibiotiques par des disques imprégnés d'huiles essentielles, permettant ainsi de déterminer quelles huiles essentielles sont les plus efficaces contre le germe spécifique responsable de l'infection du patient.
Le concept a été formalisé dans les années 1970 par le docteur Marcel Girault, médecin et chercheur français, puis développé et popularisé par les docteurs Paul Belaiche et Jean Valnet. L'aromatogramme s'inscrit dans la philosophie de la médecine personnalisée : plutôt que de prescrire des huiles essentielles à large spectre de manière empirique, il permet de cibler précisément les huiles essentielles les plus actives sur le germe responsable de l'infection chez un patient donné. Cette approche individualisée est particulièrement pertinente dans le contexte actuel de montée des résistances aux antibiotiques (antibiorésistance), car les huiles essentielles présentent des mécanismes d'action multiples et complexes qui rendent le développement de résistances beaucoup moins probable qu'avec les antibiotiques conventionnels.
L'aromatogramme est principalement utilisé dans les infections récidivantes (cystites à répétition, vaginoses chroniques, sinusites récurrentes, otites séromuqueuses chroniques, infections cutanées chroniques), les infections résistantes aux antibiotiques conventionnels, et les situations où le patient souhaite une alternative naturelle à l'antibiothérapie. Il est réalisé par des laboratoires de biologie médicale spécialisés, sur prescription médicale ou d'un professionnel de santé formé en aromathérapie clinique.
Principes fondamentaux
- Analogie avec l'antibiogramme : l'antibiogramme classique utilise la méthode de diffusion en gélose (méthode de Kirby-Bauer) : des disques de papier imprégnés d'antibiotiques sont déposés sur une gélose ensemencée avec la bactérie du patient. Après 18 à 24 heures d'incubation à 37 °C, la zone d'inhibition autour de chaque disque est mesurée. Plus la zone est grande, plus la bactérie est sensible à l'antibiotique. L'aromatogramme reproduit exactement ce principe en remplaçant les disques d'antibiotiques par des disques imprégnés d'huiles essentielles pures
- Mécanismes d'action antimicrobienne des huiles essentielles : les huiles essentielles exercent leur activité antimicrobienne par plusieurs mécanismes simultanés, ce qui explique leur large spectre d'action et la rareté des résistances. Ces mécanismes incluent : la perturbation de la membrane cellulaire bactérienne par insertion des molécules lipophiles dans la bicouche lipidique (augmentation de la perméabilité membranaire, fuite du contenu intracellulaire), l'inhibition de la synthèse d'ATP par découplage de la phosphorylation oxydative, l'interférence avec les systèmes enzymatiques bactériens (inhibition des enzymes respiratoires, des pompes à efflux), la modification du quorum sensing bactérien (communication inter-bactérienne nécessaire à la virulence et à la formation de biofilms), et l'effet anti-biofilm (capacité à pénétrer et détruire les biofilms bactériens, une propriété majeure car les biofilms sont responsables de 65 % des infections chroniques et sont 1000 fois plus résistants aux antibiotiques que les bactéries planctoniques)
- Le concept de CMI et CMB aromatiques : par analogie avec l'antibiologie, l'aromathérapie clinique utilise les concepts de Concentration Minimale Inhibitrice (CMI) — plus faible concentration d'huile essentielle capable d'inhiber la croissance visible du germe — et de Concentration Minimale Bactéricide (CMB) — plus faible concentration capable de tuer 99,9 % des germes. Le rapport CMB/CMI détermine le caractère bactériostatique (CMB/CMI supérieur à 4 — l'HE empêche la multiplication sans tuer) ou bactéricide (CMB/CMI inférieur ou égal à 4 — l'HE détruit activement les germes) de l'huile essentielle testée
- La notion de synergie aromatique : l'aromatogramme teste chaque huile essentielle individuellement, mais en pratique clinique, les huiles essentielles sont souvent prescrites en association synergique. Certains laboratoires proposent des aromatogrammes « synergiques » testant des mélanges prédéfinis de 2 à 3 huiles essentielles. L'effet synergique (l'association est plus efficace que la somme des effets individuels) est fréquent en aromathérapie et constitue un avantage thérapeutique majeur. L'indice FIC (Fractional Inhibitory Concentration) est utilisé pour quantifier la synergie : un indice FIC inférieur à 0,5 indique une synergie, entre 0,5 et 1 un effet additif, et supérieur à 1 un antagonisme
- Spécificité et limites de l'approche in vitro : comme tout test in vitro, l'aromatogramme présente des limites. L'activité antimicrobienne observée in vitro ne se traduit pas toujours par la même efficacité in vivo. Les facteurs de biodisponibilité (absorption, distribution, métabolisme), l'état immunitaire du patient, la localisation de l'infection (tissulaire vs muqueuse), et la présence de biofilm in vivo modulent l'efficacité thérapeutique réelle. L'aromatogramme doit donc être interprété comme un guide précieux pour la prescription, mais pas comme une garantie absolue d'efficacité clinique
Méthodologie technique
La réalisation d'un aromatogramme suit un protocole standardisé qui garantit la reproductibilité et la fiabilité des résultats :
Phase pré-analytique : prélèvement et identification du germe
Le prélèvement est réalisé selon les protocoles microbiologiques standards : ECBU (examen cytobactériologique des urines) pour les infections urinaires, prélèvement vaginal pour les vaginoses, prélèvement de gorge pour les angines, prélèvement cutané (écouvillon ou biopsie) pour les infections dermatologiques, coproculture pour les infections digestives, prélèvement nasal pour les sinusites. L'identification du germe est réalisée par les méthodes classiques de bactériologie (coloration de Gram, culture sur milieux sélectifs, galeries biochimiques API) ou par les méthodes modernes (spectrométrie de masse MALDI-TOF, PCR). L'identification précise du germe est essentielle car elle permet d'orienter le choix des huiles essentielles testées et d'interpréter les résultats en fonction de l'épidémiologie connue.
Phase analytique : réalisation de l'aromatogramme
La méthode de référence est la diffusion en milieu gélosé (méthode des disques) : une gélose Mueller-Hinton (milieu standard pour les antibiogrammes) est coulée en boîtes de Petri de 90 mm de diamètre. La surface de la gélose est ensemencée uniformément avec une suspension du germe isolé, calibrée à 0,5 McFarland (environ 10^8 UFC/ml), par écouvillonnage en trois directions. Des disques de papier filtre stériles de 6 mm de diamètre (Whatman n°1) sont imprégnés individuellement avec 10 à 15 microlitres d'huile essentielle pure. Les disques sont déposés sur la gélose ensemencée, à 24 mm les uns des autres et à 15 mm du bord de la boîte, à raison de 5 à 7 disques par boîte de 90 mm. Les boîtes sont incubées à 37 °C (± 1 °C) pendant 18 à 24 heures en atmosphère aérobie. Après incubation, le diamètre de chaque zone d'inhibition (zone claire sans croissance bactérienne autour du disque) est mesuré en millimètres à l'aide d'un pied à coulisse ou d'un lecteur automatique.
Interprétation des résultats
Les résultats sont classés en trois catégories selon le diamètre de la zone d'inhibition : Sensible (S) — diamètre supérieur ou égal à 15 mm : le germe est fortement sensible à l'huile essentielle testée, elle est le premier choix pour la prescription. Intermédiaire (I) — diamètre entre 8 et 14 mm : sensibilité modérée, l'huile essentielle peut être utilisée à dose plus élevée ou en association synergique avec une autre HE sensible. Résistant (R) — diamètre inférieur à 8 mm : le germe est résistant, l'huile essentielle ne sera pas prescrite pour cette infection. Ces seuils sont des valeurs de référence qui peuvent varier légèrement selon les laboratoires et les huiles essentielles testées. Certains laboratoires utilisent une classification plus fine en 5 niveaux, avec des zones « très sensible » (supérieur à 20 mm) et « très résistant » (inférieur à 5 mm). Le compte rendu d'aromatogramme mentionne pour chaque huile essentielle testée : le nom complet avec chémotype, le diamètre de la zone d'inhibition en mm, et la classification S/I/R.
Panel d'huiles essentielles testées
Un aromatogramme standard teste généralement 12 à 20 huiles essentielles sélectionnées en fonction du type de germe et du site infectieux. Pour les infections urinaires à Escherichia coli, le panel type comprend : origan compact (Origanum compactum CT carvacrol), sarriette des montagnes (Satureja montana CT carvacrol), cannelle de Ceylan écorce (Cinnamomum verum CT cinnamaldéhyde), tea tree (Melaleuca alternifolia), thym CT thymol (Thymus vulgaris CT thymol), thym CT linalol (Thymus vulgaris CT linalol), palmarosa (Cymbopogon martinii CT géraniol), géranium rosat (Pelargonium x asperum), niaouli (Melaleuca quinquenervia CT 1,8-cinéole), ravintsara (Cinnamomum camphora CT 1,8-cinéole), girofle (Eugenia caryophyllata), basilic tropical (Ocimum basilicum CT méthylchavicol), et menthe poivrée (Mentha x piperita). Pour les infections fongiques (Candida), le panel privilégie les huiles antifongiques : tea tree, palmarosa, géranium, laurier noble, lemongrass, cannelle, girofle.
Indications principales
- Cystites récidivantes : l'indication reine de l'aromatogramme. Définie comme au moins 3 épisodes de cystite par an, la cystite récidivante touche 20 à 30 % des femmes après un premier épisode. L'aromatogramme urinaire, réalisé sur l'ECBU, identifie les huiles essentielles spécifiquement actives sur la souche d'E. coli (responsable de 80 % des cystites) du patient. Le protocole post-aromatogramme comprend une phase curative (5 à 7 jours d'HE sélectionnées par voie orale), une phase de consolidation (2 à 3 semaines à dose réduite), et une phase de prévention (une semaine par mois pendant 3 à 6 mois). L'association avec la D-mannose, la canneberge et des probiotiques vaginaux (Lactobacillus) optimise les résultats à long terme
- Vaginoses bactériennes et candidoses vaginales récidivantes : le prélèvement vaginal avec aromatogramme permet de cibler les huiles essentielles actives sur Gardnerella vaginalis (vaginose bactérienne) ou sur la souche spécifique de Candida (albicans, glabrata, krusei — chacune ayant un profil de sensibilité différent). Les ovules vaginaux personnalisés sont préparés en pharmacie avec les 2 ou 3 huiles essentielles les plus actives à l'aromatogramme, à des concentrations de 2 à 5 % dans un excipient lipophile
- Infections ORL chroniques et récidivantes : sinusites chroniques, otites séro-muqueuses, angines à répétition. Le prélèvement nasal ou pharyngé permet d'identifier le germe responsable (souvent Staphylococcus aureus dans les sinusites chroniques, Streptococcus pyogenes dans les angines) et de cibler le traitement aromatique. L'aromatogramme est particulièrement précieux dans les sinusites chroniques à Staphylococcus aureus, où la formation de biofilm rend le germe résistant à de nombreux antibiotiques mais potentiellement sensible à certaines huiles essentielles capables de pénétrer les biofilms
- Infections cutanées chroniques : acné sévère, folliculites récidivantes, impétigo chronique, plaies chroniques infectées (ulcères de jambe, escarres). Le prélèvement cutané avec aromatogramme identifie les huiles essentielles actives sur la flore pathogène locale, permettant la formulation de soins topiques personnalisés (crèmes, gels, huiles de soin) préparés en pharmacie
- Dysbioses digestives et infections intestinales : l'aromatogramme réalisé sur un prélèvement de selles (coproculture) identifie les huiles essentielles actives sur les germes pathogènes ou déséquilibrant le microbiote, tout en épargnant idéalement la flore commensale bénéfique. Cette indication est en développement et fait l'objet de recherches prometteuses dans le contexte du « gut-brain axis » et de l'impact du microbiote sur la santé globale
- Infections résistantes aux antibiotiques : l'aromatogramme prend une importance croissante face à la montée de l'antibiorésistance. Des études in vitro ont démontré l'activité de certaines huiles essentielles sur des souches multirésistantes (SARM — Staphylococcus aureus résistant à la méticilline, entérobactéries productrices de BLSE — bêta-lactamases à spectre étendu, Pseudomonas aeruginosa multirésistant). L'aromatogramme permet d'identifier les huiles essentielles efficaces sur ces souches particulièrement difficiles à traiter
Déroulement du parcours patient
Le parcours du patient bénéficiant d'un aromatogramme comprend plusieurs étapes structurées :
- Consultation initiale et prescription du prélèvement (30 min) : le praticien (médecin, naturopathe, pharmacien aromathérapeute) évalue la situation clinique du patient. Il recueille l'historique infectieux complet (nombre d'épisodes, traitements antérieurs, résultats des antibiogrammes précédents), les traitements en cours, les contre-indications aux huiles essentielles, et le terrain immunitaire global. Il prescrit le prélèvement microbiologique avec la mention « aromatogramme » en complément de l'antibiogramme standard. Cette double demande permet de comparer les sensibilités aux antibiotiques et aux huiles essentielles
- Réalisation du prélèvement : le patient se rend au laboratoire de biologie médicale pour le prélèvement (ECBU, prélèvement vaginal, cutané, etc.). Certains laboratoires spécialisés acceptent l'envoi postal des prélèvements (milieux de transport adaptés). Le prélèvement est traité selon les protocoles microbiologiques standards, et l'aromatogramme est réalisé en parallèle de l'antibiogramme
- Réception et interprétation des résultats (7 à 14 jours après le prélèvement) : le compte rendu de l'aromatogramme parvient au praticien prescripteur. Il comprend l'identification du germe (espèce, éventuellement souche), le nombre de colonies (quantification de l'infection), les résultats de l'antibiogramme standard, et les résultats de l'aromatogramme (diamètres des zones d'inhibition et classification S/I/R pour chaque huile essentielle testée). Le praticien interprète les résultats en intégrant le contexte clinique : une huile essentielle classée « Sensible » in vitro mais contre-indiquée chez le patient (grossesse, allergie, traitement interférent) ne sera pas prescrite
- Prescription personnalisée (20 min) : le praticien élabore une formule aromatique personnalisée basée sur les résultats de l'aromatogramme. Il sélectionne généralement 2 à 4 huiles essentielles parmi les plus actives (classées « S »), en privilégiant celles qui ont le meilleur profil de tolérance pour le patient. La formule est rédigée sous forme de préparation magistrale destinée à être réalisée par un pharmacien. Le praticien détermine la voie d'administration, la posologie, la durée du traitement et les mesures d'accompagnement
- Préparation en pharmacie : le patient remet l'ordonnance à un pharmacien formé en aromathérapie. La préparation est réalisée avec des huiles essentielles de qualité pharmaceutique (HEBBD ou HECT), dans les formes galéniques prescrites (capsules, ovules, gel, solution huileuse). Certaines pharmacies disposent d'un laboratoire de préparations magistrales permettant la réalisation de ces formules
- Suivi thérapeutique : un ECBU ou un prélèvement de contrôle est réalisé à la fin du traitement aromatique pour vérifier l'éradication du germe. En cas de cystites récidivantes, un aromatogramme de contrôle semestriel permet de surveiller l'évolution de la sensibilité de la souche et d'adapter le protocole de prévention
Variantes et évolutions techniques
L'aromatogramme connaît des évolutions techniques et méthodologiques significatives :
L'aromatogramme en milieu liquide (micro-dilution en bouillon) : méthode alternative à la diffusion en gélose, elle permet de déterminer précisément la CMI (Concentration Minimale Inhibitrice) et la CMB (Concentration Minimale Bactéricide) de chaque huile essentielle. Des micro-plaques de 96 puits sont utilisées, chaque puits contenant un milieu de culture avec des concentrations décroissantes d'huile essentielle. Cette méthode est plus quantitative et reproductible que la méthode des disques, mais plus coûteuse et techniquement exigeante. Elle est utilisée principalement en recherche et dans les laboratoires de référence.
L'aromatogramme sur biofilm : innovation majeure qui teste l'activité des huiles essentielles non pas sur des bactéries planctoniques (en suspension libre dans un milieu liquide) mais sur des biofilms bactériens formés in vitro. Cette approche est beaucoup plus représentative de la réalité clinique, car la majorité des infections chroniques impliquent des bactéries organisées en biofilm. Les résultats montrent que certaines huiles essentielles (origan, cannelle, tea tree) conservent une activité significative sur les biofilms alors que de nombreux antibiotiques perdent leur efficacité. La recherche dans ce domaine est particulièrement active, avec des publications croissantes dans des revues de microbiologie.
L'aromatogramme en phase vapeur : variante testant l'activité antimicrobienne des vapeurs d'huiles essentielles plutôt que du contact direct. Un disque imprégné d'HE est placé sur le couvercle inversé de la boîte de Petri (sans contact avec la gélose ensemencée). Les molécules volatiles diffusent dans l'atmosphère de la boîte et exercent leur action sur les bactéries. Cette méthode est particulièrement pertinente pour les infections respiratoires (sinusites, bronchites) où les huiles essentielles sont administrées par voie respiratoire (diffusion, inhalation) et agissent principalement en phase vapeur sur les germes des voies aériennes.
L'aromatogramme combiné (synergie) : teste l'activité de combinaisons de 2 ou 3 huiles essentielles pour identifier les synergies. La méthode du damier (checkerboard) permet de déterminer l'indice FIC et d'identifier les combinaisons synergiques (FIC inférieur à 0,5), additives (FIC entre 0,5 et 1) ou antagonistes (FIC supérieur à 1). Cette approche guide la formulation de mélanges synergiques optimisés pour chaque patient.
L'aromatogramme myco-aromatique est une variante spécialisée pour les infections fongiques (candidoses, dermatophytoses). La méthodologie est adaptée aux exigences de la culture fongique : milieu Sabouraud, incubation à 30 °C pendant 48 à 72 heures pour Candida et 7 à 14 jours pour les dermatophytes. Le panel d'huiles essentielles est orienté vers les antifongiques : tea tree, palmarosa, géranium, laurier noble, cannelle, lemongrass, girofle, thym CT thymol.
Limites et précautions
- Corrélation in vitro / in vivo : la principale limite de l'aromatogramme est l'écart potentiel entre les résultats in vitro et l'efficacité clinique réelle. Une huile essentielle très active in vitro peut se révéler moins efficace in vivo pour plusieurs raisons : biodisponibilité insuffisante au site de l'infection (métabolisme hépatique de premier passage réduisant la concentration sérique effective), présence de biofilm in vivo non reproduit in vitro (sauf aromatogramme sur biofilm), état immunitaire du patient modulant la réponse au traitement, interactions avec la flore commensale pouvant modifier l'écosystème microbien. Inversement, une huile essentielle à activité in vitro modeste peut être cliniquement efficace grâce à des mécanismes indirects (immunostimulation, effet anti-biofilm, modulation du quorum sensing)
- Standardisation méthodologique : contrairement à l'antibiogramme qui bénéficie de normes internationales strictes (EUCAST, CLSI), l'aromatogramme ne dispose pas encore de protocole pleinement standardisé au niveau international. Les paramètres méthodologiques (volume d'HE par disque, milieu de culture, densité de l'inoculum, température et durée d'incubation, seuils d'interprétation S/I/R) peuvent varier d'un laboratoire à l'autre, rendant les résultats difficilement comparables. Des efforts de standardisation sont en cours, notamment par l'AFNOR et l'ISO, mais un consensus international reste à établir
- Volatilité des huiles essentielles : les molécules aromatiques les plus volatiles s'évaporent partiellement au cours de l'incubation de 18-24 heures, réduisant la concentration effective autour du disque et potentiellement sous-estimant l'activité de certaines huiles essentielles. Certains laboratoires utilisent des boîtes de Petri hermétiquement scellées pour limiter ce phénomène
- Coût et accessibilité : l'aromatogramme n'est pas remboursé par la Sécurité sociale en France (ni par la plupart des assurances complémentaires). Son coût est de 50 à 150 euros selon le nombre d'huiles essentielles testées et le laboratoire. Seuls quelques laboratoires de biologie médicale proposent ce test en routine. Cette limitation économique et d'accessibilité restreint son utilisation aux infections récidivantes ou résistantes justifiant l'investissement
- Délai d'obtention des résultats : le délai entre le prélèvement et la réception des résultats est de 7 à 14 jours, ce qui ne convient pas aux infections aiguës nécessitant un traitement immédiat. Dans les infections aiguës, le praticien prescrit un traitement aromatique empirique à large spectre (origan + tea tree + ravintsara) en attendant les résultats, puis ajuste la prescription en fonction de l'aromatogramme
- Interprétation par un professionnel formé : les résultats de l'aromatogramme nécessitent une interprétation par un professionnel ayant une double compétence en microbiologie et en aromathérapie clinique. Une huile essentielle classée « Sensible » ne doit pas être prescrite automatiquement si elle est contre-indiquée chez le patient (grossesse, épilepsie, insuffisance hépatique, allergie connue). Le professionnel doit croiser les données de l'aromatogramme avec le profil du patient, les contre-indications, les interactions médicamenteuses et les voies d'administration possibles
- Précautions vis-à-vis des flores commensales : un traitement aromatique ciblé par l'aromatogramme reste actif sur les flores commensales bénéfiques, même s'il est plus ciblé qu'un traitement empirique à large spectre. La restauration de la flore commensale (probiotiques adaptés, prébiotiques) est un complément indispensable de tout traitement anti-infectieux aromatique, qu'il soit guidé ou non par un aromatogramme
Avertissement médical
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.