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Le collage en art-thérapie

Le collage thérapeutique est une technique d'art-thérapie particulièrement accessible qui utilise le découpage et l'assemblage d'images, de textes et de matériaux divers pour favoriser l'expression de soi et la reconstruction identitaire. Ne nécessitant aucune compétence artistique préalable, il ouvre l'art-thérapie à tous les publics.

Le collage en art-thérapie

Présentation

Le collage occupe une place particulière dans l'arsenal des techniques d'art-thérapie par les arts plastiques. Sa singularité tient à son accessibilité radicale : contrairement à la peinture ou au dessin qui peuvent intimider les patients se jugeant « incapables de créer », le collage ne demande aucune compétence technique. Choisir une image dans un magazine, la découper et la coller sur un support — ces gestes élémentaires sont à la portée de tous, y compris des personnes présentant des limitations motrices, cognitives ou des résistances majeures face à la création.

Mais cette apparente simplicité masque une profondeur thérapeutique considérable. Le collage engage un processus psychique complexe : choisir une image parmi des centaines, c'est exercer un acte de sélection qui révèle les préoccupations inconscientes du patient. Découper, c'est séparer, fragmenter, extraire. Composer, c'est organiser, hiérarchiser, donner du sens. Coller, c'est fixer, s'engager, rendre permanent. Chacune de ces étapes mobilise des mécanismes psychiques fondamentaux — identification, projection, mise en relation, intégration — qui sont au cœur du travail thérapeutique.

Le collage est également un médium privilégié pour le travail sur l'identité. En assemblant des fragments d'images préexistantes, le patient compose un portrait composite de lui-même, de ses aspirations, de ses peurs, de son histoire. Cette mosaïque visuelle rend tangible la multiplicité des facettes identitaires et ouvre un dialogue sur le rapport entre les différentes parties de soi.

Matériel et technique

Le matériel nécessaire au collage thérapeutique est volontairement simple et varié :

  • Sources d'images : magazines, journaux, catalogues, photographies personnelles, cartes postales, papiers imprimĂ©s, timbres, tickets. Le choix des sources est lui-mĂŞme signifiant : un patient qui ne choisit que des magazines de mode explore un registre identitaire diffĂ©rent de celui qui prĂ©fère les magazines de nature
  • Supports : papier cartonnĂ©, toile, boĂ®te, objet tridimensionnel. Le format du support influence la crĂ©ation : un petit format invite Ă  la concentration et au dĂ©tail, un grand format Ă  l'expansion et Ă  l'exploration
  • Outils de dĂ©coupe : ciseaux et cutters pour un dĂ©coupage prĂ©cis et contrĂ´lĂ©, dĂ©chirure Ă  la main pour une approche plus instinctive et Ă©motionnelle. Le choix entre dĂ©couper et dĂ©chirer est thĂ©rapeutiquement significatif
  • Colles : colle blanche, colle en bâton, ruban adhĂ©sif. La colle rend le choix permanent, ce qui confronte le patient Ă  l'engagement et Ă  l'irrĂ©versibilitĂ©
  • MatĂ©riaux complĂ©mentaires : tissus, fils, boutons, perles, Ă©lĂ©ments naturels (feuilles, plumes), papiers de soie, paillettes. L'ajout de matĂ©riaux texturĂ©s enrichit la dimension sensorielle du collage

Le thérapeute prépare le matériel en amont, en veillant à proposer une diversité d'images suffisante (paysages, visages, animaux, objets, textes, couleurs abstraites) pour ne pas limiter l'expression du patient.

Le processus créatif en quatre étapes

Le collage thérapeutique se décompose en quatre phases distinctes, chacune porteuse de signification thérapeutique :

1. Le feuilletage et la sélection : le patient parcourt les magazines et sélectionne les images qui l'attirent, souvent sans savoir pourquoi. Cette phase de choix intuitif est fondamentale car elle opère par résonance inconsciente. Une image « appelle » le patient parce qu'elle entre en correspondance avec un contenu psychique — désir, peur, souvenir, aspiration. Le thérapeute observe quelles catégories d'images sont choisies, lesquelles sont rejetées, la vitesse de sélection (impulsive ou laborieuse), les hésitations.

2. Le découpage : le patient extrait les images sélectionnées de leur contexte original. Ce geste de séparation est symboliquement chargé : on arrache une image à un ensemble pour lui donner un nouveau destin. Le mode de découpage est révélateur — découpage minutieux au ciseau (besoin de contrôle, perfectionnisme), déchirure spontanée (expressivité, urgence émotionnelle), découpage approximatif (lâcher-prise, tolérance à l'imperfection).

3. La composition : le patient dispose les images découpées sur le support sans les coller. Ce temps de disposition spatiale est crucial : il engage la question de l'organisation du monde intérieur. Quelles images sont au centre ? Lesquelles sont en périphérie ? Y a-t-il des superpositions, des vides, des regroupements thématiques ? La composition spatiale reflète la topographie psychique du patient.

4. Le collage proprement dit : le patient fixe définitivement les images. Ce geste d'engagement rend la composition permanente et confronte le patient à l'irréversibilité du choix. Certains patients éprouvent de l'angoisse à ce moment — coller, c'est renoncer à toutes les autres compositions possibles.

Applications thérapeutiques

  • Reconstruction identitaire : après un traumatisme, un deuil, une rupture de vie majeure (divorce, migration, maladie grave), le collage permet de recomposer visuellement une identitĂ© fragmentĂ©e. Le patient assemble les morceaux de qui il Ă©tait, de qui il est et de qui il souhaite devenir. Le collage identitaire est particulièrement utilisĂ© dans les groupes de femmes victimes de violences conjugales
  • Travail sur le trauma : pour les patients incapables de verbaliser leur expĂ©rience traumatique, le collage offre une voie d'expression indirecte. Le patient ne crĂ©e pas ses propres images mais sĂ©lectionne des images existantes, ce qui crĂ©e une distance protectrice avec le matĂ©riel traumatique. Cette mĂ©diation rĂ©duit le risque de retraumatisation tout en permettant l'expression
  • Adolescents en difficultĂ© : le collage est le mĂ©dium privilĂ©giĂ© avec les adolescents car il utilise des images issues de leur culture visuelle (magazines, publicitĂ©s, rĂ©seaux sociaux imprimĂ©s). La construction d'un « portrait en images » permet d'explorer l'identitĂ© en formation sans la menace du jugement esthĂ©tique. Les adolescents opposants ou inhibĂ©s acceptent souvent le collage quand ils refusent les autres mĂ©diums
  • Vision board thĂ©rapeutique : le « tableau de vision » est une variante du collage qui projette le patient dans l'avenir. En assemblant des images reprĂ©sentant ses dĂ©sirs, ses objectifs et ses valeurs, le patient visualise son futur souhaitĂ©. Cette technique est utilisĂ©e dans l'accompagnement des transitions de vie, la prĂ©paration Ă  la sortie d'hospitalisation, la rĂ©insertion professionnelle
  • Personnes âgĂ©es : le feuilletage de magazines et la sĂ©lection d'images stimulent la mĂ©moire (reconnaissance visuelle) et le langage (nomination des images). Le collage de photos anciennes favorise la rĂ©miniscence et le travail de bilan de vie
  • Patients psychotiques stabilisĂ©s : la structure inhĂ©rente au collage (matĂ©riau prĂ©existant, Ă©tapes dĂ©finies) offre un cadre rassurant pour des patients dont la pensĂ©e peut ĂŞtre dĂ©sorganisĂ©e. Le collage canalise sans contraindre

Variantes et techniques spécifiques

  • Collage narratif : le patient crĂ©e une sĂ©quence de collages racontant une histoire — son histoire, un rĂŞve, un souvenir. Cette approche sĂ©quentielle permet de structurer un rĂ©cit visuel qui peut ensuite ĂŞtre verbalisĂ©
  • Collage corporel : le patient dessine la silhouette de son corps Ă  taille rĂ©elle sur un grand papier, puis la remplit de collages reprĂ©sentant ce qu'il ressent dans chaque partie de son corps. Technique puissante pour les troubles du schĂ©ma corporel
  • Collage de groupe : les membres d'un groupe crĂ©ent ensemble une Ĺ“uvre collective sur un support commun. Cette technique explore les dynamiques relationnelles : qui prend de la place ? Qui se met en retrait ? Comment nĂ©gocie-t-on l'espace commun ?
  • Photocollage : utilisation de photographies personnelles du patient, intĂ©grĂ©es Ă  un collage. Particulièrement efficace dans le travail de deuil et de rĂ©miniscence
  • Collage dĂ©chirĂ© : les images sont exclusivement dĂ©chirĂ©es (jamais dĂ©coupĂ©es aux ciseaux). Cette contrainte technique produit des bords irrĂ©guliers, imparfaits, qui renvoient Ă  la dimension fragmentĂ©e de l'expĂ©rience humaine
  • Collage mixte : combinaison de collage et d'autres techniques (dessin, peinture, Ă©criture) sur le mĂŞme support, permettant une expression multimodale

Déroulement d'une séance de collage thérapeutique

  1. Préparation du matériel (5 min avant la séance) : le thérapeute dispose une large variété de magazines, journaux et matériaux sur une table centrale accessible à tous les participants
  2. Accueil et introduction (5-10 min) : échange verbal sur l'état émotionnel. Le thérapeute peut proposer une consigne ouverte (« Créez un collage sur le thème du refuge », « Assemblez des images qui vous représentent aujourd'hui ») ou laisser en libre création
  3. Phase de feuilletage et sélection (10-15 min) : le patient parcourt les magazines et sélectionne les images. Le thérapeute observe sans intervenir, notant les comportements (tri rapide ou lent, hésitations, refus de certaines images)
  4. Phase de découpage (5-10 min) : extraction des images sélectionnées. Le thérapeute note le mode de découpage (ciseaux, déchirure, précision)
  5. Phase de composition (10-15 min) : disposition des images sur le support sans collage. Le thérapeute peut inviter le patient à essayer différentes dispositions avant de fixer
  6. Phase de collage (5-10 min) : fixation définitive des images. Possibilité d'ajouter des éléments dessinés ou écrits
  7. Temps de parole (10-20 min) : le patient présente son collage au groupe ou au thérapeute. Questions ouvertes : « Parlez-moi de ce collage. Quelle image vous a le plus parlé ? Que voyez-vous maintenant que vous ne voyiez pas pendant la création ? »

Contre-indications et précautions

  • Patients prĂ©sentant un trouble obsessionnel sĂ©vère : le processus de sĂ©lection parmi des centaines d'images peut dĂ©clencher une paralysie dĂ©cisionnelle. Limiter le nombre de magazines proposĂ©s
  • Patients souffrant de troubles dissociatifs : le processus de fragmentation (dĂ©coupage) puis de recomposition peut rĂ©activer des vĂ©cus de morcellement. PrivilĂ©gier le collage d'images entières plutĂ´t que de fragments
  • PrĂ©caution avec les images potentiellement retraumatisantes : le thĂ©rapeute veille Ă  ce que les magazines proposĂ©s ne contiennent pas d'images violentes, sexuellement explicites ou potentiellement dĂ©clenchantes pour les patients vulnĂ©rables
  • Patients en phase maniaque : la multiplicitĂ© des images et des choix possibles peut alimenter la dispersion maniaque. Proposer un cadre restrictif (un seul magazine, format limitĂ©)
  • Attention aux ciseaux et cutters dans les contextes oĂą les patients prĂ©sentent des risques suicidaires ou d'automutilation : adapter les outils (ciseaux Ă  bouts ronds) ou privilĂ©gier la dĂ©chirure

Avertissement médical

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.

Spécialité associée

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