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Technique du Film (Movie Technique)

Protocole EFT avancé de Gary Craig pour les traumas modérés à sévères, où le patient donne un titre à son souvenir traumatique et le traite progressivement comme un film qu'il regarde de l'extérieur, avec arrêts de tapping dès que l'intensité monte.

Présentation

La Technique du Film (Movie Technique) est l'un des protocoles avancés les plus importants de l'EFT (Emotional Freedom Techniques), développé par Gary Craig à la fin des années 1990 et largement documenté dans le manuel EFT clinique. Elle a été conçue spécifiquement pour aborder les souvenirs traumatiques modérés à sévères en préservant le patient d'une réactivation traumatique intense et incontrôlée.

Le principe central repose sur une dissociation protectrice : au lieu de revivre un événement traumatique à la première personne (association), le patient est invité à se percevoir comme le spectateur de son propre film. Cette distance psychologique permet d'amorcer le traitement du trauma sans inonder le système nerveux d'une charge émotionnelle insoutenable.

Ce qui distingue fondamentalement la Movie Technique du protocole EFT de base est sa structure par étapes progressives. Chaque palier — du titre seul jusqu'à la ré-association complète — fait l'objet d'une évaluation SUD (Subjective Units of Distress) et d'un tapping avant de passer au suivant. Aucune étape n'est franchie si l'intensité reste supérieure à 2-3 sur 10.

La Technique du Film est aujourd'hui une pièce maîtresse dans la formation EFT clinique et figure dans le protocole validé empiriquement de l'EFT clinique (Clinical EFT), qui bénéficie d'un niveau de preuves robuste dans le traitement du PTSD.

Principes fondamentaux

La dissociation comme protection : Lorsqu'un trauma est abordé directement, le système limbique peut basculer en état de survie (fight-flight-freeze), rendant tout travail thérapeutique impossible. En demandant au patient de « regarder » plutôt que de « vivre », on maintient le cortex préfrontal en ligne, ce qui permet un traitement cognitif et émotionnel intégré.

L'effet du titre seul : Le premier indicateur diagnostique est la réaction du patient au simple fait de donner un titre à son souvenir. Si le titre seul déclenche un SUD élevé (7-10), le thérapeute sait que le matériau est chargé et doit être abordé avec la plus grande précaution. On commence donc par tapper sur le titre lui-même, sans aucun contenu, jusqu'à ce que l'évocation du titre soit neutre (SUD 0-2).

La narration interrompue : Lorsque le patient commence mentalement à « regarder son film », il est explicitement instruit de s'arrêter immédiatement dès qu'il ressent une quelconque montée d'intensité — même légère. L'arrêt n'est pas un échec ; c'est le cœur du protocole. On tappe sur l'émotion ou la sensation présente, puis on rembobine et on reprend.

La progression pas à pas : Le film avance image par image, comme un montage au ralenti. Le thérapeute ne pousse jamais le patient à continuer s'il reste de l'intensité. Cette progression volontaire et contrôlée crée un sentiment de sécurité et d'agentivité qui est lui-même thérapeutique.

La ré-association finale : Une fois que le film entier peut être regardé mentalement à un SUD de 0-2, le thérapeute invite le patient à « entrer dans le film » — à passer de la posture de spectateur à celle d'acteur. Si aucune intensité ne remonte, cela confirme que la charge émotionnelle est réellement neutralisée, et non simplement mise à distance par dissociation.

Fiche technique

Origine
Gary Craig, EFT Universe, fin des années 1990
Niveau d'application
Avancé — pratique clinique, non recommandé en auto-pratique pour les traumas sévères
Indications privilégiées
Traumatismes modérés à sévères, PTSD, souvenirs chargés avec images intrusives
Durée estimée
20 à 60 minutes par événement traumatique selon l'intensité
Outil de mesure
Échelle SUD (Subjective Units of Distress) 0-10 à chaque étape
Points de tapping utilisés
Séquence EFT standard : sommet de tête, sourcil, coin de l'œil, sous l'œil, sous le nez, menton, clavicule, sous le bras (aisselle), point karaté
Positionnement EBP
Protocole inclus dans le Clinical EFT, niveau de preuve A pour le PTSD (selon APA guidelines)
Risque de déstabilisation
Faible si le protocole est respecté — contrairement à l'exposition directe

Indications principales

La Technique du Film est particulièrement adaptée aux situations suivantes :

  • Traumatismes uniques modĂ©rĂ©s Ă  sĂ©vères : accident de voiture, agression ponctuelle, annonce mĂ©dicale brutale, souvenir d'humiliation intense
  • PTSD avĂ©rĂ© ou subclinique : le patient prĂ©sente des reviviscences, des Ă©vitements ou une hypervigilance liĂ©s Ă  un Ă©vĂ©nement identifiable
  • Souvenirs-clĂ©s dans une chaĂ®ne traumatique : un souvenir spĂ©cifique qui reprĂ©sente le « nĹ“ud » d'une problĂ©matique plus large
  • Phobies avec origine mĂ©morielle identifiable : phobie de l'eau après une quasi-noyade, phobie sociale après une humiliation publique
  • Images intrusives : flashbacks visuels ou sensoriels rĂ©currents
  • AnxiĂ©tĂ© anticipatoire liĂ©e Ă  un souvenir : peur d'une situation future parce qu'une situation passĂ©e analogue a Ă©tĂ© traumatisante
  • Burn-out avec Ă©vĂ©nements dĂ©clencheurs identifiables : Ă©puisement Ă©motionnel ancrĂ© dans un ou plusieurs incidents marquants

Cette technique est moins adaptée aux traumatismes complexes (PTSD-C) avec dissociation structurelle sévère, aux traumatismes développementaux précoces ou aux patients qui ne parviennent pas à former d'image mentale cohérente du souvenir.

Déroulement d'une séance

Étape 1 — Préparation et psychoéducation (5-10 min)
Le thérapeute explique le protocole au patient : l'idée du film, le rôle du titre, l'instruction d'arrêt immédiat dès la moindre intensité. On s'assure que le patient comprend qu'il sera toujours en sécurité, qu'il contrôle le processus.

Étape 2 — Choix du titre (5 min)
Le patient choisit un titre neutre pour son souvenir — un titre de film qui évoque l'événement sans le décrire. Exemples : « La nuit du dimanche », « L'accident sur l'autoroute », « Le bureau du directeur ». Le titre ne doit pas être le contenu du souvenir.

Étape 3 — SUD sur le titre seul (5-15 min)
Le thérapeute demande au patient : « Lorsque vous pensez simplement au titre de ce film, quelle est votre intensité sur 10 ? ». Si le SUD est supérieur à 3, on tappe sur le titre uniquement — sans jamais mentionner le contenu — jusqu'à descendre à 0-2. Phrases types : « Même si ce titre me dérange, je m'accepte… », « Ce titre, cette réaction dans mon corps… ».

Étape 4 — Début du film mental (15-30 min)
Le patient ferme les yeux et commence à regarder mentalement son film depuis un début neutre (avant que les choses ne déraillent). Il avance lentement, image par image. À la première montée d'intensité, il lève la main ou dit « stop ». Le thérapeute arrête immédiatement et guide un tapping sur l'émotion ou la sensation présente. Puis on rembobine jusqu'au début et on reprend.

Étape 5 — Progression et rembobinages (15-30 min)
On répète l'étape 4 autant de fois que nécessaire. À chaque arrêt, on tappe, on rembobine, on reprend. Progressivement, le film avance plus loin à chaque passe. Le thérapeute note les « points chauds » — les moments où l'intensité monte systématiquement — et peut les travailler séparément si nécessaire.

Étape 6 — Test à SUD 0-2 (5 min)
Lorsque le patient peut regarder mentalement l'intégralité du film sans ressentir d'intensité notable (SUD 0-2), on valide cette étape. Test verbal : « Pouvez-vous maintenant regarder ce film du début à la fin sans vous arrêter ? »

Étape 7 — Ré-association (5-10 min)
Test final décisif : le thérapeute invite le patient à « entrer dans le film » — à se visualiser non plus comme spectateur mais comme acteur. « Fermez les yeux et soyez maintenant dans cette scène, à la première personne. » Si aucune intensité significative ne remonte, la neutralisation est confirmée. Si l'intensité remonte, on continue à tapper en mode associé jusqu'à résolution.

Étape 8 — Bilan et ancrage (5 min)
Le thérapeute et le patient revisitent brièvement ce qui s'est passé. On peut introduire une reformulation positive. On s'assure de l'état émotionnel du patient avant la fin de séance.

Variations et sous-techniques

Movie Technique simplifiée : Pour les traumas moins intenses (SUD initial 4-6), on peut aborder le film directement après un setup général, sans nécessairement commencer par le titre seul.

Combinaison avec la Technique du Récit : Après la Movie Technique, le thérapeute peut demander au patient de raconter oralement l'histoire (Tell the Story) pour vérifier la généralisation et traiter les aspects résiduels que la version mentale aurait manqués.

Movie Technique en auto-pratique guidée : Pour les traumas de faible à moyenne intensité (SUD ≤ 5), des praticiens EFT expérimentés enseignent parfois cette technique à leurs patients pour un usage entre les séances. Non recommandé pour les traumas sévères.

Ressource Technique + Movie : Avant de démarrer le film, installer un « état-ressource » (lieu sécurisant, souvenir de force) par tapping affirmatif, ce qui augmente la régulation émotionnelle disponible pendant le travail traumatique.

Movie Technique pour les phobies futures : Adapter la technique pour une situation redoutée future en la scénarisant comme un film — « le film de ma prochaine présentation orale » — et tapper jusqu'à pouvoir se visualiser traverser cet événement sans détresse.

Contre-indications

  • Dissociation structurelle sĂ©vère : Les patients avec DID (Trouble Dissociatif de l'IdentitĂ©) ou dissociation chronique sĂ©vère nĂ©cessitent une adaptation considĂ©rable du protocole et une expertise clinique spĂ©cialisĂ©e.
  • Crise psychotique active : La technique est contre-indiquĂ©e en phase aiguĂ« de psychose. Le travail sur des images mentales peut amplifier la confusion.
  • DĂ©stabilisation Ă©motionnelle aiguĂ« : Si le patient est en crise, en Ă©tat de dissociation ou de dĂ©bordement Ă©motionnel au dĂ©but de la sĂ©ance, la Movie Technique doit ĂŞtre reportĂ©e au profit d'une stabilisation prĂ©alable.
  • Traumatismes dĂ©veloppementaux prĂ©coces (avant 3 ans) : Le souvenir n'Ă©tant pas formĂ© sous forme d'images narratives, la Movie Technique trouve ses limites. D'autres approches (somatic, Tearless Trauma) sont prĂ©fĂ©rĂ©es.
  • Auto-pratique pour traumas sĂ©vères : Fortement dĂ©conseillĂ©e sans supervision thĂ©rapeutique — risque d'abrĂ©action non contrĂ´lĂ©e.
  • Pathologies cardiaques graves : Les pics d'intensitĂ© Ă©motionnelle peuvent ĂŞtre contre-indiquĂ©s. Consultation mĂ©dicale prĂ©alable recommandĂ©e.

Avertissement médical

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.

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