Approche en Douceur EFT (Sneaking Up on the Problem)
Technique EFT pour les traumatismes sévères, sujets très sensibles ou débuts de thérapie : on commence par des formulations extrêmement vagues (« quelque chose de difficile s'est passé ») et on introduit progressivement des détails de plus en plus précis, en ne progressant jamais si l'intensité dépasse 4-5, construisant ainsi un sentiment de sécurité et de confiance avant d'aborder le cœur du problème.
Présentation
L'Approche en Douceur (Sneaking Up on the Problem, en anglais) est une stratégie EFT fondamentale, développée par Gary Craig et devenue une référence incontournable dans la pratique de l'EFT clinique pour toutes les situations où une approche directe du problème pourrait provoquer une réactivation traumatique excessive. Son nom évocateur — « s'approcher à pas de loup du problème » — décrit parfaitement son principe : on s'approche du contenu sensible comme on approche un animal craintif, doucement, sans brusquerie, sans geste brusque, en gagnant sa confiance avant de se rapprocher.
Contrairement aux autres techniques EFT qui utilisent une identification précise et directe du problème dès le départ, l'Approche en Douceur commence délibérément dans le flou et la généralité. Les premières phrases de setup sont volontairement vagues, génériques, presque abstraites : « Même si quelque chose de difficile s'est passé… », « Même si j'ai vécu une expérience que je préfèrerais ne pas avoir vécue… ». On ne nomme pas le trauma. On n'en décrit pas le contenu. On travaille d'abord sur l'existence et la résonance globale de l'expérience.
L'idée centrale est que même sans nommer précisément le souvenir, l'organisme sait de quoi il s'agit. Le système nerveux répond à ces formulations vagues parce qu'il « remplit les blancs » inconsciemment — il sait quel événement est concerné, même si le patient n'a pas besoin de le nommer explicitement. Et à mesure que l'intensité globale diminue, on peut progressivement introduire des détails de plus en plus précis.
L'Approche en Douceur n'est pas une technique à part entière au sens procédural, mais plutôt une stratégie de calibrage de l'entrée en matière. Elle peut précéder n'importe quel autre protocole EFT — Technique du Film, Technique du Récit, Tearless Trauma — et est souvent utilisée comme technique passerelle vers des approches plus directes. C'est la technique qui prend le plus soin de la relation thérapeutique et de la sécurité du patient.
Principes fondamentaux
La généralité comme protection : Lorsqu'un patient est très réactif ou que le sujet est extrêmement chargé, toute formulation précise peut déclencher immédiatement une réactivation intense. La généralité protège le patient de ce pic d'intensité initial en permettant à l'organisme de commencer à décharger sans être exposé directement au contenu. C'est une forme de désensibilisation inversée : on commence par le global avant d'atteindre le spécifique.
Le principe du gradient : L'Approche en Douceur fonctionne comme un gradient de précision. Au niveau 1, on est très général (un événement difficile). Au niveau 2, on introduit le contexte (une période difficile de ma vie). Au niveau 3, on précise le registre (quelque chose de pénible qui implique une relation). Au niveau 4, on approche les émotions (une colère enfouie que je ne comprends pas tout à fait). Au niveau 5, on nomme l'événement en termes très neutres (quelque chose qui s'est passé dans mon enfance). Et ainsi de suite. Chaque palier n'est franchi que lorsque le palier précédent est à SUD ≤ 3.
Le seuil des 4-5 : La règle d'or est de ne jamais introduire plus de précision si l'intensité est supérieure à 4 ou 5 sur 10. Si l'intensité reste élevée malgré le tapping, c'est que le niveau actuel de généralité traite encore quelque chose. On reste à ce niveau jusqu'à résolution avant de progresser. Cette règle garantit que le patient n'est jamais submergé.
La construction de la sécurité : L'un des effets les plus importants de l'Approche en Douceur n'est pas seulement la réduction de l'intensité — c'est la construction progressive d'une expérience de sécurité thérapeutique. À chaque étape, le patient apprend que « parler de cela ne me détruit pas », que le thérapeute ne le pousse pas, qu'il a le contrôle du rythme. Cette expérience de sécurité répétée est elle-même curative.
La complémentarité avec d'autres techniques : L'Approche en Douceur est rarement utilisée seule jusqu'au bout. Elle prépare le terrain pour une transition vers des protocoles plus ciblés. Lorsque le SUD global a suffisamment diminué grâce à des formulations vagues, le thérapeute peut introduire des éléments de la Technique du Film, de Tell the Story ou du Tearless Trauma pour finaliser le travail sur les aspects spécifiques restants.
L'empathie corporelle du thérapeute : L'Approche en Douceur exige du thérapeute une qualité particulière : être capable de travailler de façon cliniquement efficace tout en maintenant une atmosphère chaleureuse, non intrusive, patiente. La voix, le rythme, la présence du thérapeute sont des outils co-régulateurs aussi importants que les phrases de setup elles-mêmes.
Fiche technique
- Origine
- Gary Craig, EFT Universe — adaptée de la pratique clinique EFT avancée
- Nature
- Stratégie d'approche progressive par gradients de précision croissante
- Niveau d'application
- Intermédiaire à expert — applicable aussi par praticiens débutants avec supervision
- Compatibilité
- Technique passerelle — précède et complète toutes les autres techniques EFT
- Indications privilégiées
- Traumatismes sévères, sujets très sensibles, débutants en thérapie, patients anxieux à l'idée d'aborder le problème, patients avec mauvaise expérience thérapeutique antérieure
- Durée estimée
- 20 à 60 minutes, parfois sur plusieurs séances pour les cas les plus sévères
- Format
- Individuel ou groupe (en adaptation)
- Outil de mesure
- SUD 0-10 à chaque palier de précision
- Progression
- Uniquement si SUD ≤ 3-4 au palier actuel
- Particularité
- Pas de contenu nécessaire — le thérapeute n'a pas besoin de savoir ce que contient le souvenir pour travailler
Indications principales
L'Approche en Douceur est la technique de choix dans les situations suivantes :
- Première séance avec un patient traumatisé : avant même que l'alliance thérapeutique soit établie, l'Approche en Douceur permet de commencer à travailler sur la charge émotionnelle sans forcer l'exposition. C'est un excellent outil pour bâtir la confiance dès la première rencontre.
- Traumatismes impliquant une honte intense : abus sexuels, comportements addictifs honteux, secrets de famille — situations où le patient ne peut pas encore nommer le contenu à voix haute. L'Approche en Douceur lui permet de travailler sans avoir à exposer ce qu'il n'est pas prêt à dire.
- Patients qui dissocient dès l'évocation : pour les patients dont le simple fait de penser au trauma les fait basculer en dissociation, l'extreme vagueness des premières formulations prévient ce basculement.
- Traumatismes multiples et enchevêtrés : lorsqu'il est difficile d'identifier un souvenir spécifique à traiter — le trauma se présente comme un vécu global et diffus. L'Approche en Douceur permet de commencer par réduire l'intensité générale avant d'isoler des souvenirs spécifiques.
- Adolescents et enfants : les jeunes patients sont souvent incapables de nommer ou conceptualiser leur souffrance. Des formulations vagues et non intrusives sont plus adaptées à leur développement cognitif et émotionnel.
- Traitement du burn-out : l'épuisement professionnel intense résulte rarement d'un seul événement identifiable. L'Approche en Douceur travaille sur la charge globale avant de descendre dans les incidents spécifiques.
- Dépression majeure : dans la dépression, le patient peut avoir du mal à identifier une émotion ou un souvenir spécifique. Des formulations du type « même si quelque chose de lourd pèse en moi » permettent de commencer à travailler sans exiger une précision que le patient n'a pas.
- Troubles du sommeil à origine traumatique : lorsque les cauchemars et ruminations nocturnes sont liés à un trauma non encore nommable, l'Approche en Douceur peut réduire progressivement la charge émotionnelle globale.
- Patients très rationnels ou résistants à la psychologie : des formulations vagues et non dramatisées sont moins menaçantes pour des patients qui se méfient de l'approche émotionnelle directe.
Déroulement d'une séance
Étape 1 — Évaluation de l'intensité globale et accord (5-10 min)
Le thérapeute évalue le niveau d'anxiété ou de détresse globale du patient à l'idée de « travailler sur ce sujet difficile » — sans nommer le sujet. On obtient un SUD global de départ. On explique le principe : « Nous allons travailler très doucement, sans jamais aller plus vite que votre confort. Vous contrôlez entièrement le rythme. »
Étape 2 — Formulations de niveau 1 : l'abstraction maximale (5-15 min)
On démarre avec le maximum de vagueness : « Même si quelque chose de difficile s'est passé dans ma vie… », « Même si j'ai traversé une expérience que je préfèrerais ne pas avoir vécue… », « Même si une partie de moi est affectée par quelque chose dont je ne parle pas encore… ». On tappe plusieurs rondes. Le patient n'a pas besoin de savoir consciemment de quoi on parle — son système nerveux le sait. On réévalue le SUD global après chaque ronde.
Étape 3 — Formulations de niveau 2 : le contexte général (5-15 min)
Lorsque le SUD a diminué de façon notable (de 2 à 3 points ou plus), on introduit très légèrement plus de contexte : une période de vie (« pendant mon enfance / mon adolescence / ma vie professionnelle »), une catégorie relationnelle (« quelque chose impliquant des personnes proches »), une tonalité émotionnelle générale (« quelque chose qui m'a laissé avec beaucoup de peur / de colère / de tristesse »). On ne nomme toujours pas l'événement.
Étape 4 — Formulations de niveau 3 : l'émotion dominante (10-15 min)
On commence à nommer les émotions associées, sans nommer les faits : « Même si cette peur que je ressens quand j'y pense… », « Même si cette honte profonde, même si je ne comprends pas encore tout à fait d'où elle vient… ». Le patient peut choisir de rester à ce niveau si le SUD reste au-dessus de 4.
Étape 5 — Formulations de niveau 4 : les détails périphériques (10-15 min)
On peut maintenant introduire des éléments contextuels non centraux : le lieu (« dans cet endroit »), l'époque (« à cette période »), les sensations corporelles associées (« cette boule dans le ventre »). On approche le cœur sans y entrer.
Étape 6 — Formulations de niveau 5 : le cœur du problème (10-20 min)
Seulement quand le SUD est à 3 ou moins sur tous les niveaux précédents, on commence à nommer l'événement ou le contenu spécifique. À ce stade, l'intensité a souvent tellement diminué que la précision n'est plus dangereuse. On peut alors transitionner vers la Technique du Film, la Technique du Récit ou le Tearless Trauma pour finaliser le travail.
Étape 7 — Test de généralisation (5 min)
Demander au patient de penser directement au sujet difficile (si c'est maintenant approprié) et évaluer le SUD. Si l'intensité est très inférieure au SUD de départ, l'Approche en Douceur a bien « vidé la charge globale ». On poursuit avec la technique appropriée pour les aspects spécifiques résiduels.
Variations et sous-techniques
Approche en Douceur avec métaphore corporelle : Lorsque le patient a du mal à formuler quoi que ce soit verbalement, on peut ancrer les formulations vagues dans des sensations corporelles : « Même si j'ai cette tension dans les épaules dont je ne sais pas vraiment d'où elle vient… ». Le corps devient le point d'entrée vers le contenu traumatique sans nécessiter de récit verbal.
Approche en Douceur en « emprunt des bénéfices » (Borrowing Benefits) : En groupe, le thérapeute guide l'ensemble du groupe à tapper sur des formulations très vagues pendant qu'une personne travaille sur son propre sujet. Les autres participants bénéficient de la réduction d'intensité sans avoir à nommer leur propre problème.
Approche en Douceur par la porte des ressources : Avant d'approcher le problème, installer des ressources positives (force intérieure, personne soutenante, moment de paix) par tapping affirmatif, puis graduer l'approche du problème depuis cet état ressource augmenté. Cette variation est particulièrement puissante pour les patients avec très peu de ressources internes perçues.
Approche en Douceur écrite : Le patient écrit des phrases de setup de plus en plus précises sur du papier, en tapant après chaque phrase. La mise à distance par l'écriture ajoute une couche de sécurité supplémentaire pour les patients très réactifs.
Graduer par rapport aux cinq sens : Plutôt que de graduer par rapport au contenu narratif, on gradue par rapport à la modalité sensorielle — d'abord le son (sans image), puis l'image (sans sons ni odeurs), puis les odeurs, etc. Pour les traumas à forte empreinte sensorielle (accidents, agressions physiques).
Combinaison avec le Time Line Tapping : Commencer l'Approche en Douceur en situant l'événement très loin dans le passé (« quelque chose qui s'est passé il y a très longtemps »), sans préciser l'époque, puis rapprocher progressivement dans le temps à mesure que l'intensité diminue.
Contre-indications
- Traumatismes légers sans réactivation notable : L'Approche en Douceur est inutilement lente pour des traumatismes de faible intensité. Utiliser directement le protocole EFT de base avec formulations précises.
- Patients ayant besoin de confrontation directe : Certains patients, notamment ceux avec un style de coping actif et direct, peuvent se sentir frustrés par l'indirection de l'Approche en Douceur. Pour eux, une approche plus directe est à la fois plus acceptable et plus efficace.
- Urgence de crise aiguë : En situation de crise émotionnelle aiguë (attaque de panique, crises dissociatives sévères), l'Approche en Douceur est trop lente. Priorité aux techniques de stabilisation et grounding rapide.
- Crise suicidaire active : Contre-indication absolue à tout travail traumatique. Priorité à l'évaluation du risque et à la sécurisation.
- Dissociation sévère en séance : Si le patient dissocie malgré les formulations vagues, le travail doit s'arrêter pour des techniques de grounding. La vagueness ne suffit pas si la dissociation est structurelle et profonde.
- Manque de temps : L'Approche en Douceur demande du temps et de la patience. Dans un contexte de séance courte (moins de 45 minutes) avec un trauma très chargé, il vaut mieux la réserver à une séance dédiée plutôt que de la commencer sans pouvoir aller jusqu'à un palier de résolution minimale.
Avertissement médical
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.
Avertissement médical
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