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Chasing the Pain — Suivre la Douleur en EFT

Technique EFT fondamentale de Gary Craig pour les douleurs physiques : localiser la douleur (forme, couleur, texture, intensité SUDS), tapper dessus, observer son déplacement, cibler la nouvelle localisation. La migration de la douleur révèle les couches émotionnelles sous-jacentes. Applications : fibromyalgie, migraines, douleurs lombaires. Brattberg (2008) : réduction de 86 % des symptômes de fibromyalgie après 8 semaines.

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Chasing the Pain — Suivre la Douleur en EFT

Présentation

Chasing the Pain — littéralement « poursuivre la douleur » ou « suivre la douleur » — est l'une des techniques fondamentales de l'EFT développée par Gary Craig au milieu des années 1990. Elle occupe une place unique dans l'arsenal thérapeutique de l'EFT car elle fait le lien direct entre la douleur physique et ses racines émotionnelles, démontrant de manière tangible et souvent spectaculaire que le corps et l'esprit sont indissociablement liés.

Le phénomène central de cette technique est la migration de la douleur : lorsqu'on applique le tapping sur une douleur physique localisée, celle-ci change fréquemment de localisation, d'intensité, de forme ou de qualité sensorielle au lieu de simplement diminuer sur place. Ce déplacement, loin d'être un échec du traitement, constitue au contraire le signe que le travail progresse — que les couches émotionnelles sous-jacentes à la douleur sont en train de se réorganiser.

Craig a développé cette technique à partir de ses observations cliniques répétées : des patients souffrant de douleurs chroniques rapportaient systématiquement que leur douleur « bougeait » après quelques rondes de tapping. Une douleur à l'épaule droite devenait une tension dans la nuque, puis une pression derrière les yeux, puis une boule dans la gorge — jusqu'à ce que le patient se souvienne soudainement d'un événement émotionnel lié à la première apparition de la douleur. Cette observation a conduit Craig à formuler l'un de ses principes les plus célèbres : « La douleur physique est souvent le messager d'une émotion non résolue. Quand vous suivez la douleur, vous suivez le fil émotionnel jusqu'à sa source. »

Sur le plan scientifique, la technique Chasing the Pain s'appuie sur le modèle biopsychosocial de la douleur, aujourd'hui largement accepté en médecine. L'étude pionnière de Brattberg (2008), publiée dans Clinical Journal of Pain, a évalué l'effet de l'EFT sur la fibromyalgie — un syndrome de douleurs chroniques diffuses dont l'étiologie est fortement liée au stress et aux traumatismes émotionnels. Après 8 semaines de traitement EFT incluant la technique Chasing the Pain, les participants ont montré une réduction de 86 % des symptômes de fibromyalgie mesurés par le Fibromyalgia Impact Questionnaire (FIQ), ainsi qu'une diminution significative de la catastrophisation de la douleur, de l'anxiété et de la dépression associées.

D'autres études ont confirmé l'efficacité de l'EFT sur la douleur physique : Church et Brooks (2010) ont démontré une réduction de 68 % de l'intensité douloureuse chez des patients souffrant de céphalées de tension chroniques après 2 séances d'EFT incluant le Chasing the Pain. Bougea et al. (2013) ont observé une diminution significative des migraines en fréquence et en intensité après 8 semaines de protocole EFT. Ortner et al. (2014) ont montré que les personnes souffrant de douleurs lombaires chroniques présentaient une réduction de 50 % de l'intensité douloureuse et de 41 % de la détresse émotionnelle associée après 4 séances.

La technique est aujourd'hui considérée comme un outil incontournable dans la boîte à outils de tout praticien EFT, et sa compréhension approfondie est un prérequis pour les certifications de niveau 2 (AAMET, EFT International). Elle est particulièrement pertinente dans le contexte actuel de la crise des opioïdes, offrant une alternative non pharmacologique et non invasive pour la gestion de la douleur chronique.

Principes fondamentaux

La technique Chasing the Pain repose sur plusieurs principes fondamentaux qui éclairent tant sa pratique que sa compréhension théorique :

  • La douleur comme signal émotionnel : dans le modèle de l'EFT, la douleur physique n'est pas uniquement un signal nociceptif. Elle est fréquemment le langage somatique d'une émotion non exprimée ou non résolue. Le corps utilise la douleur pour attirer l'attention sur un conflit émotionnel que le mental refuse ou est incapable de traiter consciemment. Ce concept rejoint les travaux du Dr John Sarno (Tension Myositis Syndrome — TMS) et de Peter Levine (Somatic Experiencing), qui ont documenté comment les émotions refoulées se manifestent sous forme de symptômes physiques chroniques.
  • Le phénomène de déplacement : lorsque le tapping réduit la charge émotionnelle encodée dans un point de douleur spécifique, le système nerveux « démasque » la couche suivante. La douleur ne disparaît pas, elle se déplace — révélant un autre aspect du problème émotionnel sous-jacent. Ce phénomène est analogue au concept d'« aspects » en EFT : chaque localisation de la douleur représente un aspect différent du complexe émotionnel global. Le praticien doit « poursuivre » la douleur à travers ses déplacements successifs, comme un archéologue qui déblaye couche après couche pour atteindre le fond du site.
  • La caractérisation sensorielle détaillée : un élément clé du protocole est de demander au patient de décrire la douleur avec une précision inhabituelle — non seulement sa localisation et son intensité (SUDS), mais aussi sa forme (ronde, pointue, étalée), sa couleur (rouge, noir, gris), sa texture (brûlante, piquante, sourde, pulsatile), son mouvement (statique, pulsante, irradiante) et même sa « personnalité » (agressive, insistante, silencieuse). Cette caractérisation détaillée active les circuits représentationnels du cerveau et permet au tapping de cibler plus précisément la composante neuronale de la douleur.
  • L'échelle SUDS appliquée à la douleur : l'utilisation de l'échelle de 0 à 10 pour mesurer l'intensité subjective de la douleur à chaque étape du protocole fournit un feedback objectif et quantifiable. Les changements de SUDS entre les rondes — même minimes — servent de boussole pour le praticien. Une diminution du SUDS avec déplacement de la douleur est un excellent signe pronostique ; un SUDS qui stagne sans déplacement suggère que la composante émotionnelle n'a pas encore été atteinte.
  • Le lien entre localisation et émotion : les praticiens EFT expérimentés ont observé des corrélations récurrentes entre la localisation de la douleur et le type d'émotion sous-jacente. Les douleurs thoraciques sont souvent liées au chagrin et à la perte ; les douleurs lombaires à la peur et à l'insécurité ; les douleurs cervicales au sentiment de surcharge et de responsabilité excessive ; les douleurs abdominales à la peur viscérale et aux conflits relationnels ; les migraines au perfectionnisme et au contrôle. Ces corrélations ne sont pas universelles mais fournissent des pistes d'exploration précieuses.
  • La convergence vers le souvenir fondateur : dans les cas les plus aboutis, la poursuite de la douleur à travers ses déplacements successifs conduit à l'émergence spontanée d'un souvenir émotionnel — souvent un événement que le patient avait « oublié » ou dont il n'avait jamais fait le lien avec sa douleur actuelle. Ce souvenir représente l'événement fondateur où l'émotion a été initialement encodée dans le corps sous forme de tension physique. Son identification et son traitement par le tapping produisent généralement un soulagement durable et profond.

Fiche technique

Autres noms
Chasing the Pain, Poursuivre la douleur, Suivi de la douleur, Chase the Pain Technique
Créateur
Gary Craig, milieu des années 1990, documenté dans le manuel EFT original
Origine
Observations cliniques de Craig sur le comportement de la douleur physique pendant le tapping EFT
Durée d'une séance type
30 à 75 minutes selon la complexité et le nombre de déplacements de la douleur
Nombre de points
Séquence EFT standard : 8 points principaux + point Karaté (installation)
Niveau d'application
Intermédiaire à avancé en pratique clinique ; utilisable en auto-pratique pour les douleurs légères à modérées sans composante traumatique identifiée
Outils de mesure
Échelle SUDS 0-10 pour l'intensité ; descripteurs sensoriels (forme, couleur, texture, localisation) ; cartographie corporelle des déplacements
Compatibilité
Compatible avec la kinésithérapie, l'ostéopathie, la médecine de la douleur, la psychothérapie somatique. Complémentaire aux traitements médicamenteux.
Séances recommandées
1 à 3 séances pour les douleurs aiguës ou récentes ; 6 à 12 séances pour les douleurs chroniques complexes ; suivi de maintenance pour les syndromes fibromyalgiques
Evidence base
Brattberg (2008) : -86 % fibromyalgie ; Church et Brooks (2010) : -68 % céphalées ; Bougea et al. (2013) : réduction migraines ; Ortner et al. (2014) : -50 % douleurs lombaires

Indications principales

La technique Chasing the Pain est particulièrement indiquée dans les situations suivantes, où la composante émotionnelle de la douleur est significative :

  • Fibromyalgie : la fibromyalgie est l'indication princeps du Chasing the Pain. Ce syndrome de douleurs chroniques diffuses, caractérisé par des points douloureux multiples et migratoires, est fortement corrélé au stress post-traumatique, aux traumatismes de l'enfance et aux émotions refoulées. L'étude de Brattberg (2008) reste la référence : après 8 semaines de traitement EFT intensif, 86 % de réduction des symptômes mesurés au FIQ, avec un maintien des résultats à 6 mois. Le Chasing the Pain est ici central car il permet de « démêler » l'écheveau des douleurs multiples en les traitant séquentiellement à mesure qu'elles se déplacent.
  • Migraines et céphalées de tension : les migraines ont fréquemment une composante émotionnelle — déclenchées par le stress, la frustration, le perfectionnisme ou des conflits non résolus. Le Chasing the Pain permet de suivre la migration caractéristique de la douleur migraineuse : de la tempe à l'orbite, de l'orbite à la nuque, de la nuque aux épaules. Chaque déplacement révèle un aspect émotionnel différent. Les patients migraineux rapportent souvent l'émergence de souvenirs liés à des situations où ils se sont sentis « la tête dans un étau » émotionnel.
  • Douleurs lombaires chroniques : les lombalgies chroniques non spécifiques (sans lésion organique identifiable) sont aujourd'hui reconnues par la médecine de la douleur comme étant fortement influencées par des facteurs psychosociaux. Le Chasing the Pain révèle fréquemment des émotions de peur, d'insécurité financière, de sentiment de ne pas être soutenu, ou de colère refoulée chez les patients souffrant de lombalgies chroniques.
  • Douleurs post-opératoires : après une intervention chirurgicale, la douleur résiduelle peut avoir une composante émotionnelle liée à la peur de l'opération, au sentiment de vulnérabilité, au trauma de l'hospitalisation. Le Chasing the Pain aide à séparer la composante nociceptive légitime de la composante émotionnelle amplificatrice.
  • Endométriose : les douleurs pelviennes chroniques de l'endométriose présentent une forte composante émotionnelle liée au vécu de la féminité, à la fertilité, aux traumatismes gynécologiques. Le Chasing the Pain permet d'explorer les liens entre la douleur physique et les émotions profondes liées au corps et à l'identité.
  • Syndrome du côlon irritable : les douleurs abdominales du SCI sont intimement liées au stress et aux émotions via l'axe cerveau-intestin. Le Chasing the Pain révèle souvent des émotions de peur viscérale, d'anxiété anticipatoire et de souvenirs d'humiliation liés au corps.
  • Douleurs somatoformes : douleurs sans cause organique identifiable, diagnostiquées comme « troubles somatoformes » ou « troubles à symptômes somatiques ». Ces douleurs sont par définition d'origine émotionnelle et constituent l'indication idéale du Chasing the Pain.
  • Douleurs fantômes : les douleurs ressenties dans un membre amputé sont un phénomène neurosomatique fascinant où le Chasing the Pain peut apporter un soulagement significatif en travaillant sur le deuil du membre, le trauma de l'amputation et la réorganisation du schéma corporel.

Déroulement d'une séance

Le protocole Chasing the Pain suit une structure itérative en boucle, où chaque ronde de tapping est suivie d'une réévaluation et d'un éventuel recentrage sur une nouvelle localisation :

Étape 1 — Localisation et caractérisation initiale (5-10 minutes)

Le praticien invite le patient à porter son attention sur sa douleur principale et à la décrire avec le maximum de précision. Cette phase de caractérisation est cruciale car elle active les circuits neuronaux représentationnels de la douleur et crée le « pont » entre sensation physique et traitement émotionnel :

  • Localisation exacte : « Où précisément est cette douleur ? Pouvez-vous la pointer du doigt ? »
  • Intensité SUDS : « Sur une échelle de 0 à 10, quelle est son intensité en ce moment ? »
  • Forme : « Si cette douleur avait une forme, ce serait quoi ? Ronde, pointue, étalée, en ligne ? »
  • Couleur : « Si elle avait une couleur, laquelle ? » (La plupart des patients donnent spontanément une couleur — rouge pour la douleur aiguë, noir pour la douleur profonde, gris pour la douleur sourde.)
  • Texture : « Comment la décririez-vous ? Brûlante, piquante, sourde, pulsante, compressive, électrique ? »
  • Taille : « Quelle taille fait-elle ? Comme une balle de golf, comme un poing, comme une assiette ? »
  • Mouvement : « Est-elle statique ou en mouvement ? Pulse-t-elle ? Irradie-t-elle ? »

Le praticien note soigneusement toutes ces caractéristiques car il les comparera après chaque ronde pour détecter les changements.

Étape 2 — Phrase d'installation ciblée (2 minutes)

Le patient tapote le point Karaté tout en répétant 3 fois une phrase d'installation intégrant les descripteurs de la douleur : « Même si j'ai cette douleur [couleur] [forme] dans [localisation], et qu'elle est à [SUDS]/10, je m'accepte profondément et complètement. » Exemple concret : « Même si j'ai cette douleur rouge, brûlante, comme un poing serré dans le bas de mon dos droit, et qu'elle est à 8/10, je m'accepte profondément et complètement. »

Étape 3 — Ronde de tapping sur la douleur (5-8 minutes)

Le patient parcourt les 8 points en tapotant 7 à 10 fois chaque point tout en maintenant son attention sur la douleur et en utilisant des phrases de rappel descriptives :

  • TH : « Cette douleur rouge brûlante dans mon dos »
  • EB : « Ce poing serré qui brûle à 8/10 »
  • SE : « Cette douleur dans le bas de mon dos droit »
  • UE : « Elle est là depuis si longtemps »
  • UN : « Cette brûlure rouge qui ne me lâche pas »
  • CH : « Cette douleur, comme un poing serré »
  • CB : « Je ressens cette douleur dans mon dos »
  • UA : « Toute cette douleur brûlante »

Il est essentiel que le patient maintienne son attention sur la sensation physique pendant tout le tapping — pas sur ses pensées à propos de la douleur, mais sur la sensation elle-même.

Étape 4 — Réévaluation et détection du déplacement (3-5 minutes)

Après chaque ronde, le praticien invite le patient à prendre une inspiration profonde et à refocaliser son attention sur sa douleur. Il pose alors les questions suivantes dans l'ordre :

  1. « Quelle est maintenant l'intensité ? » (nouveau SUDS)
  2. « Est-elle toujours au même endroit ? » (détection du déplacement)
  3. « A-t-elle changé de forme, de couleur, de texture ? » (détection des changements qualitatifs)
  4. « Y a-t-il une émotion qui est apparue ? Un souvenir ? Une pensée ? » (détection de l'émergence émotionnelle)

C'est ici que la « poursuite » commence. Quatre scénarios sont possibles :

Scénario A — La douleur diminue sur place : le SUDS baisse sans déplacement. C'est le cas le plus simple. On continue les rondes au même endroit jusqu'à SUDS 0.

Scénario B — La douleur se déplace : c'est le scénario caractéristique du Chasing the Pain. La douleur a migré vers un autre endroit, parfois avec un changement de qualité. On « poursuit » la douleur en recommençant à l'étape 1 pour la nouvelle localisation.

Scénario C — Une émotion émerge : le patient rapporte qu'une émotion est apparue — tristesse, colère, peur, honte. C'est le signe que la couche émotionnelle sous-jacente à la douleur physique vient de se démasquer. On pivote alors vers un travail émotionnel classique, en ciblant l'émotion et éventuellement le souvenir qui l'accompagne.

Scénario D — Le SUDS stagne : la douleur ne bouge pas et ne diminue pas. Cela peut indiquer soit un ciblage insuffisamment précis (affiner la caractérisation), soit un blocage émotionnel profond (explorer avec précaution les associations émotionnelles), soit une composante purement organique nécessitant une prise en charge médicale.

Étape 5 — Itération et convergence (15-40 minutes)

On répète le cycle (tapping → réévaluation → recentrage) autant de fois que nécessaire. Dans les cas typiques, la douleur se déplace 3 à 7 fois avant de converger vers la résolution. Chaque déplacement affine la compréhension du lien entre la douleur et son substrat émotionnel. Le praticien cartographie mentalement les déplacements pour repérer les patterns.

Un exemple clinique classique de Craig illustre parfaitement ce processus : une patiente souffrant de migraines chroniques commence avec une douleur à 9/10, pulsante et rouge, derrière l'oeil gauche. Après 2 rondes, la douleur se déplace vers la tempe gauche (7/10, devenue pointue et orange). Après 2 rondes supplémentaires, elle migre vers la nuque (5/10, devenue sourde et grise). Après encore 2 rondes, elle descend dans l'épaule droite (4/10, devenue lourde et noire). À ce stade, la patiente commence à pleurer et se souvient d'un épisode d'enfance où son père l'a attrapée violemment par l'épaule droite. Le tapping est alors dirigé vers ce souvenir spécifique. Après résolution du souvenir (SUDS 0), toutes les douleurs ont disparu — y compris la migraine initiale.

Étape 6 — Vérification et consolidation (5-10 minutes)

Une fois que la douleur a atteint un SUDS de 0 ou 1 dans sa dernière localisation, le praticien vérifie toutes les localisations précédentes : « Pouvez-vous remettre votre attention sur [localisation initiale] ? Y a-t-il encore quelque chose ? » Si une localisation antérieure réactive une douleur, on y retourne pour une dernière ronde. Si toutes les localisations sont neutres, la séance est considérée comme aboutie.

Variations et adaptations

  • Chasing the Pain avec verbalisation émotionnelle : variante où le praticien encourage activement le patient à exprimer les émotions qui émergent à chaque déplacement de la douleur. Au lieu de simplement « poursuivre » la douleur physique, on accueille et on verbalise l'émotion associée : « Quand la douleur a migré vers votre gorge, qu'avez-vous ressenti ? » Cette variante accélère l'émergence du souvenir fondateur.
  • Chasing the Pain avec cartographie corporelle : le praticien dessine sur un schéma corporel les déplacements successifs de la douleur avec les descripteurs sensoriels et les SUDS. Cette cartographie visuelle permet au patient de « voir » le chemin de sa douleur et facilite la prise de conscience du lien corps-émotion. Certains praticiens utilisent des applications de cartographie corporelle sur tablette.
  • Auto-pratique guidée : pour les douleurs légères à modérées sans composante traumatique identifiée, le Chasing the Pain peut être pratiqué en auto-application. Le patient note ses caractéristiques de douleur, effectue les rondes, et note les changements dans un journal dédié. Cette pratique est limitée aux douleurs non complexes et doit être supervisée par un praticien lors des premières séances.
  • Chasing the Pain en séance vidéo : la technique se prête particulièrement bien à la téléconsultation car elle repose principalement sur le verbal (le patient décrit, le praticien guide). Le tapping est effectué par le patient sur lui-même. Le seul inconvénient est l'impossibilité pour le praticien de percevoir les signaux corporels subtils du patient.
  • Chasing the Pain combiné avec la Technique du Film : lorsqu'un souvenir émerge pendant le Chasing the Pain, le praticien peut basculer vers la Movie Technique pour traiter ce souvenir de manière progressive et protégée, puis revenir au Chasing the Pain pour vérifier l'impact sur la douleur résiduelle.
  • Chasing the Pain en kinésithérapie : certains kinésithérapeutes formés à l'EFT intègrent le Chasing the Pain dans leurs séances de rééducation. Ils combinent la mobilisation physique du tissu avec le tapping sur les émotions qui émergent pendant la mobilisation. Cette approche intégrative produit des résultats synergiques.

Contre-indications et Précautions

La technique Chasing the Pain requiert une attention particulière aux situations suivantes :

  • Douleur d'origine organique non diagnostiquée : c'est la précaution la plus importante. Avant d'appliquer le Chasing the Pain, il est impératif de s'assurer que la douleur a été évaluée médicalement et qu'aucune pathologie organique grave (tumeur, fracture, infection, syndrome coronarien, anévrisme, etc.) ne nécessite un traitement médical urgent. Le Chasing the Pain ne doit jamais retarder un diagnostic médical. En cas de doute, la consultation médicale est prioritaire.
  • Traumatismes complexes associés : lorsque la douleur physique est le « couvercle » d'un traumatisme sévère (abus physique ou sexuel, torture, violence conjugale), son démasquage par le Chasing the Pain peut provoquer une abreaction ou une dissociation intense. Dans ces cas, le praticien doit être formé au travail du trauma et disposer d'outils de régulation émotionnelle (Tearless Trauma Technique, Movie Technique, grounding) pour contenir l'émergence traumatique.
  • Douleurs aiguës post-chirurgicales : dans la période post-opératoire immédiate, la douleur a une fonction protectrice légitime (signal d'alerte pour éviter les mouvements nocifs). Le Chasing the Pain est déconseillé dans les premiers jours post-opératoires et ne doit être utilisé qu'après validation du chirurgien.
  • Patients sous traitement antalgique lourd : les patients sous morphiniques ou autres antalgiques puissants peuvent avoir une perception altérée de la douleur. Le SUDS peut ne pas refléter fidèlement l'état émotionnel sous-jacent. La pratique est possible mais le praticien doit être informé du traitement médicamenteux et en tenir compte dans l'interprétation des résultats.
  • Hypocondrie et anxiété de santé : chez les patients présentant une anxiété excessive autour de leur douleur, le Chasing the Pain peut paradoxalement augmenter l'hypervigilance corporelle. Le praticien doit veiller à ne pas renforcer la fixation sur les sensations corporelles et orienter vers un travail sur l'anxiété sous-jacente.
  • Auto-pratique sur douleurs chroniques complexes : le Chasing the Pain en auto-application est déconseillé pour les douleurs chroniques associées à un historique traumatique. L'émergence non accompagnée de matériel traumatique peut être déstabilisante. La supervision d'un praticien qualifié est recommandée pour les cas complexes.

Avertissement médical

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.