Technique du Récit (Tell the Story)
Protocole EFT où le patient narre son histoire à voix haute pendant que le thérapeute guette les signes d'activation — changements de voix, hésitations, gestes — et interrompt immédiatement la narration pour tapper sur la dernière phrase dite, jusqu'à ce que l'histoire entière soit racontée sans détresse.
Présentation
La Technique du Récit (Tell the Story, en anglais) est un protocole avancé EFT développé par Gary Craig et affiné par les praticiens de l'EFT clinique, notamment Dawson Church et Ann Adams. Elle constitue l'une des approches les plus naturelles et les plus puissantes pour le traitement des traumatismes, parce qu'elle s'appuie sur le récit verbal — une des formes les plus fondamentales de mise en sens de l'expérience humaine.
Contrairement à la Technique du Film, dans laquelle le patient « regarde » son souvenir silencieusement et mentalement, la Technique du Récit implique une narration orale active. Le patient raconte son histoire à voix haute, dans ses propres mots, tandis que le thérapeute écoute avec une attention particulière aux signes d'activation émotionnelle : changements dans la voix, accélérations ou ralentissements du débit, pauses inhabituelles, tremblements, larmes, mouvements corporels, modifications de la posture ou de la respiration.
La règle fondamentale est simple mais exigeante : dès qu'un signe d'activation est détecté — par le thérapeute ou par le patient lui-même — la narration s'arrête immédiatement. On tappe alors sur la dernière phrase prononcée avant l'arrêt, ou sur l'émotion/sensation présente, jusqu'à ce que l'intensité redescende à 0-2. Puis on reprend la narration depuis ce point, ou légèrement avant.
Cette technique est particulièrement adaptée aux patients ayant besoin de mettre en mots leur expérience, à ceux qui ont besoin d'être entendus, et à ceux dont le trauma ne se présente pas sous forme d'images visuelles claires mais plutôt comme un flux narratif diffus et chargé.
Principes fondamentaux
Le récit comme acte thérapeutique : La narration n'est pas un simple vecteur d'exposition. L'acte même de raconter son histoire à quelqu'un de présent et attentif active des processus de régulation émotionnelle profonds. Des recherches en neuroscience narrative montrent que le fait de mettre en mots une expérience difficile contribue à sa réorganisation dans la mémoire autobiographique — processus que le tapping amplifie et accélère.
La détection des points chauds : Le thérapeute développe une compétence clé : lire les signaux physiologiques et para-verbaux de l'activation. Un léger changement dans la respiration peut indiquer un point chaud autant qu'une larme. Cette expertise de lecture fine permet d'intervenir avant que le patient soit submergé — au lieu de réagir après une abréaction.
Tapper sur la phrase exacte : L'instruction de tapper sur « la dernière phrase dite » est d'une précision chirurgicale. Elle permet de traiter le contenu exact qui a déclenché l'activation, sans interprétation ni reformulation du thérapeute. Le patient reste l'auteur de sa propre narration, et le travail reste ancré dans son expérience réelle.
La vérification par re-narration : Après chaque arrêt et tapping, la validation se fait en demandant au patient de re-raconter le passage qui avait déclenché l'activation. Si la narration est fluide, sans changement de voix ni signe d'activation, on peut continuer. Si l'intensité remonte, on tappe à nouveau. Cette vérification rigoureuse garantit une neutralisation réelle à chaque étape.
La narration complète comme test final : L'objectif ultime est de pouvoir raconter l'histoire dans son intégralité — du début à la fin, avec tous les détails disponibles — sans aucune activation émotionnelle notable. Ce test complet est la mesure de la résolution du trauma pour cette technique.
La relation thérapeutique au cœur du processus : La Technique du Récit est fondamentalement relationnelle. Le patient ne raconte pas dans le vide ; il est entendu, vu, accompagné. La présence attentive du thérapeute est elle-même un facteur de régulation qui opère en parallèle du tapping.
Fiche technique
- Origine
- Gary Craig (EFT Universe), affiné par Dawson Church et l'équipe EFT Research
- Nature
- Narration orale guidée avec interruptions thérapeutiques et tapping
- Niveau d'application
- Avancé — nécessite un praticien formé à la lecture des signaux d'activation
- Indications privilégiées
- Traumatismes modérés à sévères, PTSD, récits de vie douloureux, deuils, abus
- Durée estimée
- 30 à 90 minutes selon la complexité du récit et le nombre de points chauds
- Format
- Individuel — contact direct ou téléconsultation vidéo
- Comparaison avec Movie Technique
- Plus verbale et interactive ; traite mieux les traumas à dominante narrative plutôt que visuelle
- Compétence clé du thérapeute
- Lecture fine des signaux para-verbaux et physiologiques d'activation
- Risque de débordement émotionnel
- Modéré — nécessite vigilance constante du thérapeute
Indications principales
La Technique du Récit est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :
- Traumatismes narrativement complexes : événements dont le souvenir est surtout verbal et non visuel — annonces traumatisantes, conversations humiliantes, témoignages de violence
- Deuils et pertes : la mort d'un proche, une rupture brutale, une perte d'emploi traumatique — situations qui se racontent plus qu'elles ne se voient
- Abuses verbaux ou émotionnels chroniques : harcèlement, manipulation psychologique, maltraitance émotionnelle dans l'enfance
- Patients ayant besoin d'être entendus : certains patients n'ont jamais pu raconter leur histoire à quelqu'un. La Technique du Récit répond à ce besoin fondamental tout en le thérapeutisant
- Traumas relationnels : trahisons, abandons, humiliations interpersonnelles — situés dans le champ du dire et du lien
- Après la Technique du Film : comme étape de vérification et consolidation, pour s'assurer que la neutralisation est complète et généralisée
- Patients avec difficulté à former des images mentales : aphantasie partielle ou traits de personnalité plus verbaux que visuels
- Thérapie par téléconsultation : la nature verbale de la technique la rend particulièrement adaptée au format vidéo, où le thérapeute peut observer le visage et écouter la voix
Déroulement d'une séance
Étape 1 — Cadrage et accord (5-10 min)
Le thérapeute explique le principe : le patient va raconter son histoire, et le thérapeute peut l'interrompre à tout moment — ce n'est pas un manque de respect, c'est le protocole. On clarifie que les interruptions signifient « j'ai capté quelque chose d'important ». On évalue un SUD global sur le fait de penser à cette histoire.
Étape 2 — Début de la narration (5-15 min)
Le patient commence à raconter. Le thérapeute écoute sans interrompre tant qu'il ne perçoit pas de signe d'activation. Il note mentalement les passages qui pourraient receler des points chauds pour y revenir si nécessaire.
Étape 3 — Détection et premier arrêt
Dès qu'un signe d'activation apparaît, le thérapeute dit doucement « Stop » — ou le patient lève la main s'il a lui-même senti monter l'intensité. On identifie la dernière phrase prononcée, ou l'émotion/sensation présente. On évalue le SUD.
Étape 4 — Tapping sur le passage activé
On construit un setup autour du contenu exact : « Même si [dernière phrase dite / émotion présente], je m'accepte… ». On tappe la séquence en utilisant des phrases de rappel fidèles au vécu du patient. Plusieurs rondes jusqu'à SUD ≤ 2.
Étape 5 — Re-narration du passage (test de validation)
On demande au patient de re-raconter le passage qui avait déclenché l'arrêt. Si la narration est fluide, sans activation, on continue. Sinon, on retappe.
Étape 6 — Reprise et progression
On reprend la narration à partir du point validé. On continue jusqu'au prochain signe d'activation. On répète le cycle arrêt — tapping — re-narration — progression autant de fois que nécessaire.
Étape 7 — Narration complète (test final)
Lorsque le patient pense avoir traversé tous les points chauds, on lui demande de raconter l'histoire dans son intégralité, du début à la fin, avec tous les détails dont il se souvient. Le thérapeute reste attentif à tout signe résiduel. Si le récit se fait sans activation, le travail est terminé pour ce souvenir.
Étape 8 — Reformulation et ancrage positif (5-10 min)
On peut introduire une perspective positive, une reformulation de la ressource cachée dans cette expérience. On s'assure de l'état émotionnel du patient avant de clore la séance.
Variations et sous-techniques
Tell the Story partiel : Lorsqu'un patient est trop submergé pour commencer à raconter, on peut démarrer par la Technique du Trauma sans Larmes ou l'Approche en Douceur pour réduire l'intensité globale, puis enchaîner avec Tell the Story une fois le niveau de détresse abaissé.
Tell the Story en groupe : Dans un cadre groupal sécurisé (groupe de parole thérapeutique EFT), plusieurs patients tapent en même temps pendant que l'un d'eux raconte. L'effet d'« emprunt des bénéfices » (borrowing benefits) permet aux autres membres du groupe de bénéficier également du travail effectué.
Narration écrite + tapping : Variante pour les patients réticents à la narration orale — ils écrivent leur histoire à la main tout en tapant, et s'arrêtent à chaque montée d'intensité. Moins interactif mais accessible en auto-pratique supervisée.
Tell the Story inversé : Commencer par la fin de l'histoire (le dénouement souvent le plus chargé) et remonter vers le début. Cette inversion peut désamorcer rapidement les points les plus intenses avant d'aborder le contexte.
Combinaison avec la Ressource : Entre deux passages difficiles, installer un ancrage de ressource (souvenir de force, lieu sécurisant) par tapping affirmatif, pour recharger les capacités de régulation avant de continuer.
Contre-indications
- Dissociation sévère en séance : Si le patient montre des signes de dissociation importante (regard vide, absence de contact, confusion), la narration doit être stoppée et remplacée par des techniques de grounding avant de pouvoir reprendre.
- Trauma trop récent (moins de 72 heures) : Traiter un trauma ultra-récent peut interférer avec le processus de consolidation mémorielle naturel. Il est généralement conseillé d'attendre une période minimale.
- Patients avec mutisme sélectif ou aphonie dissociative : La nature verbale de la technique la rend inadaptée à ces présentations spécifiques. Préférer la Technique du Film ou le tapping somatique.
- Traumatismes avec forte composante de honte : Certains patients ne sont pas en mesure de verbaliser des événements profondément honteux à voix haute, même en cadre thérapeutique. L'Approche en Douceur ou la Technique du Film peuvent préparer le terrain.
- Patients sans alliance thérapeutique établie : La Technique du Récit demande un niveau de confiance et de sécurité relationnelle élevé. Ne pas l'utiliser en première séance avec un patient inconnu ayant des antécédents traumatiques sévères.
- Crise suicidaire active : Contre-indication absolue. Priorité à la sécurisation et l'évaluation du risque.
Avertissement médical
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre éducatif et informatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription de traitement. En cas de doute, consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les techniques décrites ne se substituent pas à un traitement médical conventionnel.
Avertissement médical
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